La ferveur et l’adieu

Posted on 26 septembre 2009

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Il est des lieux qui se suffisent à eux-mêmes. Dont le nom évoque à lui seul une atmosphère, une histoire, des noms, des images frémissantes. Dont le nom suffit à donner envie de les découvrir, à se dire qu’y être est une fin en soi. Un nom qu’on connaît, qu’on fantasme, un nom dont on sait qu’un jour, on le rajoutera sur la carte du monde des lieux qu’on a visités. Y aller une fois dans sa vie, au moins. Jérusalem. La vile trois fois sainte. La ville où bat l’un des cœurs de la Terre depuis des millénaires. La ville où se mêlent l’histoire, l’aventure humaine et le destin du monde.

Croque-monsieur

J’avais rejoint la veille au soir Tel-Aviv, où je rencontre Guy, un ami d’amie, et son copain Or. Quand il s’agit de recevoir, qui plus est un inconnu, Guy, il sait faire : je suis invité à dormir chez lui, je suis invité au resto et je suis invité à passer la soirée avec deux israéliens. Guy et Or sont nés ici, leurs parents avaient émigré au début des années 1950. Leurs origines sont russes, est-européenne et sans doute encore d’ailleurs. Israël est un mélange incroyable d’ascendances. On croise, kippa sur la tête, tantôt une peau mate et des cheveux noirs qui évoquent l’Espagne ou l’Afrique du Nord, tantôt des blonds au teint clair et aux traits slaves. Tous deux sont laïcs et ne respectent pas vraiment les talmuds. D’ailleurs, c’est autour d’un croque-monsieur, avec jambon (et d’une salade, la première depuis un mois- il y a dans la vie des plaisirs qu’on ne soupçonne pas) que Guy commence à me parler de son pays. Il essaye de m’expliquer la difficile relation des israéliens aux étrangers : « d’un côté, on n’a pas toujours une bonne image des étrangers, parce qu’on sait qu’Israël n’est pas franchement aimé à travers le monde, de l’autre, on est flatté quand un touriste vient découvrir le pays et s’intéresse à nous ».

Et sa relation aux Palestiniens ? Guy soupire, m’explique qu’évidemment, en tant que laïc, plutôt de gauche, progressiste, il souhaite une solution à deux Etats. Que de toute façon, la solution d’un Etat unique n’est absolument plus envisageable. Mais que tant que le Fatah et le Hamas n’auront pas renoué contact, ce n’est pas la peine de rêver. Que même s’ils le font, ça sera très compliqué. Il a l’air très pessimiste. Il déteste son gouvernement : « tu peux le croire ça : Avigdor Lieberman (extrême-droite) c’est notre ministre des affaires étrangères ? ». Puis il semble se raviser : « tu sais, à la longue, les frontières commencent à être à peu près fixées. On sait approximativement comment se délimitent la Cisjordanie et Gaza. Il faut trouver une solution avec des corridors pour passer d’une partie de la Palestine à l’autre. Netanyahou vient de parler « d’Etat Palestinien » et pour qu’un mec pareil dise ça, c’est peut-être que les choses sont en train de bouger ». Je termine la soirée les pieds dans la Méditerranée, la deuxième mer de la journée. Je bois doucement une bière israélienne dont j’ai oublié le nom, fume une cigarette. J’écoute les vagues qui s’allongent lancinantes sur le sable humide. Guy et Or continuent de m’apprendre leur pays, leur vie ici. Je ne voudrais être nulle part d’autre.

Pélerins refaisant le chemin de croix du Christ dans les rues du vieux Jérusalem

Pélerins refaisant le chemin de croix du Christ dans les rues du vieux Jérusalem

Sherut

Je quitte Tel-Aviv, étape improvisée pour cause de shabbat, le lendemain matin.  Le jour de repos d’ailleurs, continue jusqu’au soir. Du coup, pour aller à Jérusalem, il n’y a guère le choix : les sherut, des minibus collectifs, sont les seuls transports en commun à fonctionner. J’en attrape un à la gare routière. Une heure et un taxi plus tard, je passe la porte de Jaffa, et je rentre dans la veille ville de Jérusalem.

Comme premier contact, j’ai fait mieux. Les rues de la vieille ville sont étroites et, comme à Damas ou Saida, presque toutes organisées comme un souk. Et donc bondées. Les commerçants tentent de pêcher une proie dans le flot grouillant des touristes. Avec mes vingt kilos de bagages sur le dos, ce n’est pas exactement une situation idéale. Je me fraye un chemin tant bien que mal et débarque finalement à l’hôtel Hashimi, coincé entre une  échoppe de bijoux et un snack et tenu par des musulmans pour le moins traditionnels. Pas de petits déjeuners servis (c’est toujours le ramadan), tapis de prière coincé derrière le comptoir d’accueil à dégainer dans les premières notes du muezzin, voile presque intégral pour la gérante, longue barbe pour le patron.

La barbe, c’est très tendance dans le vieux Jérusalem. On la porte avec chapeau, papillotes et costume chemise, avec djellaba blanche et petit chapeau blanc « j’ai fait mon pèlerinage à La Mecque », ou par-dessus une longue toge noire et un collier auquel pend une croix. Mais qu’on soit juif, musulman ou chrétien orthodoxe, on aime la pilosité faciale. Pour me fondre dans la masse, c’est encore raté.

Golgotha

Par la force des choses, ma première après-midi sera chrétienne. L’esplanade des mosquées n’est ouverte aux non-musulmans que le matin (la mesure est liée à des tensions communautaires passées). Première étape obligatoire, l’église du Saint Sépulcre. Elle abrite le tombeau du Christ et le Golgotha, le rocher sur lequel il fut crucifié. J’entre par le transept gauche. En fait l’église n’a pas vraiment d’unité architecturale, elle se présente plus comme une succession de chapelles, administrées par les églises catholique, orthodoxe, coptes et arméniennes à la fois (ce qui vaut aux prêtes de deux bords d’en venir parfois aux mains  – ainsi que l’avait bien recommandé Jésus en son temps).

Prêtres orthodoxes à la sortie du Saint Sépuclre, entamant une procession.

Prêtres orthodoxes à la sortie du Saint Sépuclre, entamant une procession.

 A l’intérieur des fidèles se massent, se prosternent et embrassent la stèle commémorant la tombe « originelle » du Christ, prennent la file d’attente pour aller faire de même dans la chapelle dressée à l’endroit où son corps fut déplacé plus tard, et de même au Golgotha. Le rocher de la mort du Christ, si toutefois c’est bien celui-là (il fut identifié comme tel en 300 par Hélène, la mère de l’empereur romain Constantin, mais d’autres thèses existent), est au premier étage de l’église du Saint Sépulcre, qui en fait s’organise comme une addition de chapelles. Il est abrité sous du plexiglas, éclairé et surtout envahi d’icônes, de peintures, d’ex-voto, d’argent, d’or, de marbre et tout ce qui fait la décoration des églises orthodoxes. Tout ce qui fait un peu trop, aussi. J’aurais voulu voir un lieu un peu conservé, quelque chose de plus originel de moins redécoré. L’endroit n’en reste pas moins émouvant, même quand on est pas croyant.

Le Golgotha.

Le Golgotha.

 Ecce homo

On s’est retrouvés face à face sans s’être vus arrivés. Francesco et Valentina, les copains italiens de Petra et du Wadi Rum  s’apprêtent à rentrer dans le Saint-Sépulcre alors que j’en sors. Ils ont passé quatre heures à la frontière hier, le tampon iranien de Francesco n’a pas dû aider. On discute quelques minutes, on se donne vaguement rendez-vous le lendemain au mur des lamentations, mais je les reverrai pas.

 Je poursuis sur les traces du prophète chrétien. Et je prends l’expression à la lettre, puisque je retrace le chemin de croix du Christ dans la vieille ville de Jérusalem, divisé en quatorze « stations » : ici il se fait flageller, ici Ponce Pilate dit « ecce homo » là le Christ tombe,  plus loin Simon l’aide à porter sa croix, ici Véronique lui essuie le front, après il tombe encore, là il est mis sur la croix, ici on lui plante des clous dans les mains et les pieds, ici on érige sa croix et puis attend qu’il meure. Une fois de plus, il existe plusieurs versions du chemin de croix et des lieux des différentes étapes. Mais la déambulation vaut pour l’histoire, pour le mythe dont elle est à l’origine.

Soeur copte se receuillant devant la cinquième station du chemin de croix, où Jésus rencontra Simon de Cyrène.

Soeur copte se receuillant devant la cinquième station du chemin de croix, où Jésus rencontra Simon de Cyrène.

 Adam et Mahomet

Deuxième jour, deuxième monde. Celui des musulmans d’abord, et son plus grand symbole : l’esplanade des mosquées où se dresse la mosquée du Rocher, le fameux dôme doré emblématique de Jérusalem. Mais mieux vaut être musulman pour y entrer. C’est même nécessaire. Je me contenterai donc d’imaginer le rocher qu’elle abrite et ce qu’il représente : l’origine du monde pour le Juifs,  qui y voient la matière avec laquelle Dieu créa Adam ; la fin de Mahomet pour les musulmans, pour qui le rocher est le point depuis lequel le prophète a rejoint le ciel la nuit de sa mort (il était venu de Médine et avait rejoint Jérusalem dans la nuit (belle performance), laissant une trace de pied toujours visible sur le rocher (sic)). Je me promène sur l’esplanade, manque de temps pour voir la mosquée Al-Aqsa voisine de celle du Rocher, dont je me fais éjecter de façon assez désagréable à 11h pile, puisque c’est le début de la prière.

La mosquée du Rocher.

La mosquée du Rocher.

 Je rejoins le mur des lamentations, qui est en fait une partie d’un des quatre murs soutenant l’esplanade. C’est ce qui s’appelle de la cohabitation proche (et forcée). Ce mur n’est pas juste un mur. Différentes pierres se superposent, évoquent la superposition de l’histoire, d’Hérode aux Ottomans. Les pierres d’Hérode qui sont les fondations du mur, sont lissées par les mains des hommes qui viennent y prier à longueur de journée, parce que le mur est devenu une vraie synagogue à ciel ouvert. Ce qui implique qu’il y a des lamentations réservées aux hommes, sur la partie nord du mur et des lamentations pour les femmes, sur la partie sud. Et que les hommes ont visiblement plus besoin de se lamenter que les femmes, parce que leur bout du mur fait près du double. Des lamentations il y a en a et des prières aussi, dans la moindre fissure, le plus petit recoin, un trou caché, un bout de pierre plus poli, les petits papiers blancs sont incrustés dans le mur comme les diamants dans une roche. J’aurais envie de tous les lire, comprendre ce que cet endroit inspire aux fidèles, aux visiteurs juifs et non juifs, savoir s’il y a des messages qui concernent la famille, l’amour, la réussite, la maladie, la Palestine, ou tant d’autres choses. J’écris ma « prière », après avoir longuement hésité. Je l’enfonce autant que possible dans une fissure du mur. J’espère qu’elle y restera aussi longtemps que possible.

Le mur des lamentations.

Le mur des lamentations.

Gethsélmani et toutes les nations

Des remparts à la porte de Damas, je marche la vieille ville encore toute une journée, que je termine au Mont des Oliviers. L’endroit vaut surtout pour les 15 000 sépultures qui le recouvrent. Puisque c’est sur le mont des oliviers que le messie (pour les juifs) doit venir,  et/ou que le Christ (pour les Chrétiens) doit revenir pour le Jugement Dernier. Ceux qui sont enterrés là seront donc les premiers à ressusciter et à être envoyé au paradis (ou ailleurs). La sépulture doit couter bonbon. Les tombes laissent la place à quelques église, dont celle de « toutes les nations », dont la déco presque art nouveau lui donne une vraie allure (enfin !).

Sépultures sur le Mont des oliviers.

Sépultures sur le Mont des oliviers.

Une chapelle russe-orthodoxe donne sur le Gethsémani , le jardin d’olivier où le Christ a passé sa dernière nuit, avant de recevoir le baiser de Juda. Trois des oliviers auraient plus de 2000 ans. Et seraient donc les témoins de ce moment… Le jardin n’est pas envahi par l’inconographie orthodoxe, et c’est appréciable. D’autant que la tombe de la Vierge un peu plus loin (encore une fois, si c’est bien de ça qu’il s’agit), est à la mode Golgotha, avec plexiglas, tableaux, ex-voto et en prime, un pope qui me fait dégager illico quand il voit que je ne suis pas là pour m’agenouiller et baiser le plastique comme c’est manifestement la tradition dans ce pays. Le tout avec un air très méprisant.

 C’en est trop. La ferveur religieuse de Jérusalem me pesait depuis la veille, mais là, elle m’oppresse. C’est à se sentir coupable de ne pas être pratiquant. Je respecte le caractère saint de la ville. Ce n’est pas une raison pour traiter les non-croyants différemment. Du coup, je ne suis pas fâché d’aller à Bethléem le lendemain,  même si à la basilique de la Nativité, (construite comme souvent à travers l’histoire, de Constantin aux Croisés aux Franciscains) le scénario est le même. L’église est belle, avec ses mosaïques romaines et ses colonnes romanes. Pourquoi avoir transformé l’étable où est né le Christ en une chapelle de marbre et d’argent, pourquoi avoir placé une étoile douteuse à l’emplacement de sa naissance ?

Nef de la basilique de la Nativité.

Nef de la basilique de la Nativité.

 J’arpente les rues du vieux Bethléem, son souk, croise quelques portraits de Mahmoud Abbas, quelques taxis qui me proposent de me ramener à la frontière. Car Bethléem, c’est en Cisjordanie. Pour y aller, il faut franchir le mur, la « clôture de sécurité » qu’Israël construit depuis 2004. Après Chypre et le Liban, c’est la troisième fois que je dois montrer mon passeport pour circuler à l’intérieur d‘un pays. Même si les Palestiniens qui passent devant moi ont droit à bien plus « d’égard » de la part de Tsahal que moi.  Des postes de contrôle, des barrières tourniquet, des barrières électriques, des machines à rayons X, un long corridor en béton et en fil de fer qui longe le mur de chaque côté avant de déboucher sur l’un des territoires. C’est ça aujourd’hui, le processus de paix.  Côté israélien, le mur est gris, haut, fait peur. Côté palestinien, il est tagué de messages d’espoir ou de haine, ne rassure guère plus. Tout ça met très mal à l’aise.

DSC03652 Juifs iraniens

Tant bien que mal, je parviens à rejoindre Jérusalem d’où je m’embarque pour la mer Morte. Dans le bus qui m’emmène à Ein Gedi, je rencontre Shirley et Simon, deux juifs iraniens émigrés à Los Angeles depuis 20 ans. Parce qu’évidemment, il ne fait pas bon être juif aux pays des ayatollahs. Ils visitent Israël et Paris en… une semaine, me demandent conseil pour planifier leurs visites dans la capitale française. Ils n’ont jamais entendu parler du Louvre ni de Versailles, et ça n’a pas l’air de leur faire très envie. La discussion est sympathique, même si nous n’avons visiblement pas les mêmes centres d’intérêts. Il m’est d’ailleurs très difficile de leur arracher quelques mots sur la situation politique en Iran, qui ne semble pas les passionner non plus. « Ahmadinejad is out of his mind ». Au moins là-dessus on est d’accord.

Le mur, côté palestinien.

Le mur, côté palestinien.

On a beau le savoir, il faut le faire pour le croire. Oui, dans la mer morte, on flotte. C’est même presque impossible de nager : si on se met à plat ventre pour tenter une brasse, les jambes remontent à la surface, c’est un effort de les garder sous l’eau. L’eau est une huile, un liquide très dense, sirupeux, presque gras. Pour cause, elle contient plus d’un tiers de sel. Mieux vaut ne pas y rester trop longtemps et se doucher en sortant. Je regarde les cotes jordaniennes en face, qui jouent à cache-cache avec la brume de la mer morte. Elles ont la couleur du désert de Jordanie, celui où j’étais encore trois jours auparavant, et qui semble déjà si loin.

 Bientôt c’est Israël qui semblera loin elle aussi. Dès le lendemain soir à vrai dire. La dernière journée de la route me ramène à Tel-Aviv. Cette fois c’est chez Or que je loge. Il habite Jaffa, une banlieue sud avec quelques vieilles rues au charme difficilement refusable, surtout quand elles débouchent soudainement sur un panorama de la Tel-Aviv nouvelle, ses buildings, sa plage, son béton et son plastique. Ils ne manquent ceci dit pas forcément d’allure. Sans doute aussi parce que le millier d’immeubles Bauhaus, survivance des architectes allemands et autrichiens émigrés au début du XXe siècle, leur renvoie la modestie et l’élégance nécessaire. A certains coins de rues, je me croirais revenu à Vienne, tant l’architecture rappelle ici le Karl-Marx Hof ou les immeubles qui longent le Naschmarkt. Mais Tel-Aviv reste une ville méditerranéenne, tranchée par de grandes et larges avenues bordées de cafés et elles-mêmes tranchées par un terre-plein où le badauds mangent une glace sous un palmier, s’embrassent sur un banc, regardent passer la jeunesse israélienne qui arpente les boîtes, cherche un exutoire dans la nuit. Ma nuit à moi sera longue, car mon avion pour Larnaca décolle à 7 heures. Pas vraiment le temps de dormir, mais le temps de parler avec Or du conflit. Il se rappelle de son engagement politique après les accords d’Oslo en 1993 : « j’avais 17 ans, moi et mes amis, on était à fond dans les manifs, on croyait que ça allait changer. Maintenant ca fait 17 ans, les choses sont presque les mêmes. Moi comme beaucoup de gens de ma génération, c’est pas qu’on ne veut pas la paix, c’est juste qu’on est lassé d’attendre, on préfère ne plus penser au conflit, s’occuper de nous ».

Tel-Aviv, vue de Jaffa.

Tel-Aviv, vue de Jaffa.

 Ce qu’il m’a dit, comme ce que m’ont raconté les enfants de Chypre, du Liban et d’Israël, sera l’objet d’un reportage que les Carnets accueilleront dans les semaines à venir, et qui se demandera comment on hérite d’un conflit né dans la génération de ses parents.

Car la route se termine ici. J’ai rallié Jérusalem depuis Beyrouth, la boucle se boucle. Après un contrôle qui manque d’être musclé à l’aéroport de Tel-Aviv, j’en arpente les immenses duty free, tente de retracer dans ma tête ce voyage. Tant de choses.  Il est 5 heures du matin, j’attends mon avion et j’ai bien du mal à réaliser ce qui se passe, ce qui s’est passé. Le double effet café-fatigue n’arrange rien. Il faudra du temps pour savoir quoi retirer de ce voyage. A ce moment, tout ce que je sais, c’est que la route est terminée.

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Posted in: Carnets d'Orient