Voyage à escales, charmes à rallonge

Posted on 5 septembre 2013

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Il y a deux façons d’appréhender un voyage à escales. Y voir une pénible rallonge du trajet et de l’attente impatiente jusqu’au point de départ effectif. Ou y trouver l’occasion de prolonger le plaisir d’un jour de départ – et les années passant, cette option a acquis  ma préférence. Le jour de départ en question est déjà bien fourni question délices : lever au milieu d’une nuit qui n’a guère connu de sommeil – préparation de dernière minute oblige, arrivée avant les premières lueurs du jour à Roissy, achat des derniers journaux français, coup d’œil au tableau des départs pour susciter quelques fugaces envies d’autres voyages. A cela s’ajoute le charme d’un trajet qui, moyennant quelques heures supplémentaires de jambes fourmillantes, offre une introduction déconnectée du voyage à venir. Et d’autant plus savoureuse.

Le mois de route américaine que j’entreprends cet été commence ainsi à Keflavik, dans cette Islande enchanteresse découverte il y a 18 mois et dont une heure de transit suffit à rappeler les beaux souvenirs. C’est la vue plongeante sur les étendues lunaires à l’atterrissage, au loin les volcans et les glaciers. Ce sont les bienfaits de la géologie locale mis en avant à grands renforts de pubs. Puis quelques mots, captés dans les couloirs d’u terminal, de cette étrange langue aussi mélodique que rêche, proche encore du vieux Norrois parlé par les premiers colons du IXe siècle. Ou encore une bouchée de beignet Kleinur avalée sur le pouce avant de redécoller direction, pour de bon cette fois, le Nouveau monde.

Mais le voyage à escales est également, à coup presque sûr, une occasion d’offrir le voyageur à l’inattendu. Ce samedi d’aout, alors que l’Atlantique polaire est couvert d’une épaisse couche de nuages, l’inattendu prend la forme d’une éclaircie fugace, laquelle découvre les abords du Groenland bien loin de l’image austère qu’il véhicule dans l’imaginaire commun. Au contraire, la pointe sud de ce gigantesque territoire est un entrecroisement interminable de canaux d’une eau bleu pure, qui se dandinent dans un paysage verdoyant de collines plus ou moins escarpées. Elles s’épaississent et se blanchissent à mesure que la terre s’éloigne du cercle polaire, pour laisser apparaître des montagnes, imposants contreforts du Grand Nord. Les yeux s’écarquillent, les rêves de gamin s’agitent, clap, les nuages atlantiques reprennent le dessus, fin de la rêverie. Les Carnets, eux, ont bien pris note pour plus tard.

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Ces éphémères escapades scandinaves sont parfaitement déconnectées du voyage à venir. Et c’est bien ce qui les rend si plaisantes. Je demanderais presque à rajouter une escale, histoire de ralentir encore un peu plus les débuts de la route américaine. Mais c’est bien sur celle-ci que les Carnets se lancent, des parcs nationaux de l’Ouest à la Californie puis New York. Et en matière de charmes de voyage, il va sans doute y avoir de quoi faire.

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