Beyrouth par quartiers: le centre-ville

Posted on 8 août 2009

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Mieux vaut faire attention ou on marche.

Mieux vaut faire attention où l'on marche.

L'horloge, coeur du centre ville.

L’horloge, coeur du centre ville.

Beyrouth est une ville de paradoxes. Son centre ville ne fait pas exception. Et donc, contrairement à ce qu’on attend de toute capitale, ce n’est pas le poumon de la ville. Enfin, c’est son poumon économique et politique, parce qu’il concentre les lieux de pouvoir (parlement, ministères) et beaucoup (trop) de banques. Une concentration qui explique la présence d’au moins un soldat à chaque entrée de rue. Contrairement à leurs confrères de la sécurité des banques, ils sont plutôt sympas et toujours dispos pour un renseignement. Reste que pour s’approcher de l’un d’eux, mieux ne va pas être effrayé par un les pointes des M16…

Pose (pas) ton gun.

Pose (pas) ton gun.

Pourtant, le « downtown » (dans le texte) beyrouthin mérite que l’on s’y promène. Ses immeubles a l’architecture début XXe siècle lui donnent un vrai charme. A condition d’oublier qu’ils ont été reconstruits à l’identique des originaux après la guerre civile (1975-1990). Leur couleur jaune ocre contribue à chauffer encore un peu plus l’atmosphère, enfumée par les narguilés. Au sol, les pavés gras, sur lesquels reposent des dizaines de terrasses, dessinent un Beyrouth méditerranéen. Il faudra aussi oublier que beaucoup de ces bars sont très occidentalisés et (donc) chers.

Le centre du centre, c’est l’horloge. Elle est simple mais a de l’allure (même si on se serait passé de la pub pour Rolex). Autour de l’horloge, on croisera la cathédrale orthodoxe Saint Georges, bâtie sur les ruines de 5 autres églises, le Parlement libanais, dont a une époque pas si lointaine, les membres tombaient comme des mouches dans des attentats réguliers. En grimpant quelques mètres, on apperçoit le Grand Sérail, ancienne caserne turque du XIXe siècle, où logera, comme tous ses prédécesseurs, Saad Hariri, premier Ministre désigné (lorsqu’il arrivera à former un gouvernement, c’est-à-dire bientôt, enfin normalement). L’immeuble cache un des tres rares coins de verdure de la ville, où il fait bon s’arrêter boire quelques gorgées  de Sohat, l’Evian locale, pour ne pas fondre sous la canicule quotidienne des jours d’aout. Un coin de verdure qui cache lui-même un morceau de Rome antique. C’est suffisamment rare pour être signalé. La ville concentre une telle densité de population et se presse tellement de construire et de reconstruire, que rares sont les occasions pour les archéologues d’en creuser les entrailles.

Oasis verte et romaine, au pied du Grand Serail.

Oasis verte et romaine, au pied du Grand Serail.

En quittant le quartier, il est difficile de louper la mosquée El Amin. Elle pourrait être rebaptisée au nom de Rafic Hariri – père du précédent, tué en 2005 dans un attentat probablement orchestré par les amis de Bachar El Assad-  puisque c’est lui qui a entièrement financé la reconstruction de l’édifice. La mosquée lui rend le minimum en hébergeant  à ses cotés,  sous une tente (sic), sa tombe, très fleurie. Avec ses quatre minarets hauts de 65 mètres, El-Amin est la plus grande mosquée du pays.  Elle aussi se recouvre d’un jaune ocre qui lui donne un style un peu à l’image du centre ville : un peu asceptisé, mais pas dénué de caractère.

Les restes de Rafic "la nerguez' Hariri.

Les restes de Rafic "la merguez' Hariri.

Les quatre minarets répondent à d’autres, le centre regorge de petites mosquées pleines de charme, et qui s’apprécient d’autant mieux en résonnance avec les très nombreux clochers des églises maronites et grecques-orthodoxes. Parmi ces dernières d’ailleurs, il ne faudra pas manquer l’église arménienne de Beyrouth. On ne le sait que très peu, mais la ville a été la première à accueillir les premiers réfugiés du génocide à partir de 1915.  L’église est fermée, mais si on fait signe au curé dans la baraque à coté, il se fait un plaisir de l’ouvrir. Pas grand chose à voir dedans, mais pour le symbole, on entrera. Si on est sympa avec le curé, d’ailleurs, il offre deux cierges en cadeau d’au revoir…Chouette.

Le centre-ville de Beyrouth est minuscule, la visite ne prend donc pas des heures. Elle vaut en tout cas la peine. Même si l’authenticité de l’endroit laisse a désirer, le centre abrite quelques édifices qui valent le coup d’œil, on ne peut en dire autant des autres quartiers. Et il a au moins le mérite d’être en grande partie piéton. Et donc calme. Dans ce grand capharnaüm de travaux, de klaxons et de cris, la petite flânerie fait franchement du bien.

Posted in: Carnets d'Orient