Les rendez-vous attendus

Posted on 1 août 2009

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Aéroport Roissy- Charles de Gaulle, mercredi 29 juillet, 17 heures. Il est de ces rendez-vous dans la vie qu’on attend avec une impatience quotidienne pendant plusieurs semaines. On les imagine, on y plante le décor, en entrevoit les personnages, pressent les odeurs, tâte à l’avance les atmosphères. Ce mercredi 29 juillet, à 17heures, à l’aéroport Roissy- Charles de Gaulle est un de ceux-là. Parce que c’est le point de départ d’un long voyage de six semaines. Dont quatre à Beyrouth. Stage de journalisme et découverte d’une ville et d’un pays, d’un ailleurs, dont les noms suffisent à éveiller l’intérêt. Suivra une petite promenade qui reliera, si tout va bien, Beyrouth à Tel Aviv, via la Syrie, la Jordanie et Israël.

Ces rendez-vous, au final, ne ressemblent jamais à ce qu’on a prévu. Parce qu’il sont banals, simplement. Qu’est-ce qu’on peut bien attendre d’exceptionnel d’un enregistrement de bagages au comptoir de la Lufthansa, d’une attente sur un fauteuil inconfortable, « Le Canard » dans une main,  «Libé » dans l’autre, d’une dernière cigarette française fumée au gré des taxis qui passent ? Rien, effectivement. A l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, ce mercredi 29 juillet à 17 heures, les affiches Grippe A/A Flu/ Gripe A, fleurissent sur les murs des salles d’attente, devant les snacks, à côté des comptoirs. Le long des escalators croisés aussi, allez savoir qui a le temps de les lire à ces endroits. Un japonais passe masque sur le nez, parano ou vraiment malade. Comme toujours, on se sent obligés d’acheter des choses inutiles, des journaux qu’on n’aura pas le temps de lire, un café qui, c’était pourtant sûr, sera mauvais. Les avions du monde entier se succèdent sur les panneaux d’affichage. Leur répondent les voix des hôtesses, toujours étonnamment similaires, qui appelle ici un couple d’allemands à rejoindre le vol pour Berlin, où un type au nom incompréhensible et donc à l’origine non identifiable, à se présenter de suite au comptoir untel. Décidément, trop d’imagination tue… la réalité.

Rien d’extraordinaire, non. L’avion décolle, se pose presque aussitôt à Munich. Maillots du Bayern et saucisses en plus, c’est la même sauce banale dans l’aéroport bavarois. Ou presque. Premier étonnement, les fumoirs, sponsorisés par Camel. Très modernes d’ailleurs, puisque munis de quatre grands aspirateurs qui renvoient la fumée probablement dehors. Ecologie contre tabac, round 1. Encore plus étonnant, entre un Mango et une pharmacie, une vitrine étale fièrement godemichés mutlicolores, combinaisons latex et menottes. A Munich, les sex-shops sont même dans les aéroports.

Evidement interdit aux moins de 18 ans.

Evidement interdit aux moins de 18 ans.

Il suffit de faire quelques pas pour être déjà dans l’ambiance gréco-chypriote. A la porte d’embarquement, vas-y que toute la famille est là, la grosse grand-mère, le grand-père aux sourcils très épais et très noirs et la mère qui laisse hurler ses gosses. Et vas-y que ça parle fort, très fort, avec les mains qui s’agitent, et daï et daï, que ça prend l’air faussement outré au moindre accroc dans la discussion. Vas-y surtout que ça communique une espèce d’énergie indescriptible, que ça se regarde presque inlassablement. Rien de moqueur là dedans, c’est juste la Grèce et Chypre. C’est aussi ça le charme de ces pays. L’avion (re)décolle, et se posera un peu plus tard à Larnaca (l’aéroport de la République grecque de Chypre). Trois heures trente, le temps de survoler toute l’Europe. Le vieux continent ressemble à un immense volcan ranchée de coulées de laves, une grande étendue noire et orange, lacérée ici d’axes routiers, là de boules de lumière plus ou moins étendues selon la taille des villes. Au jeu du « mais au dessus de quel pays je peux bien être ? », qui peut recommencer toutes les cinq minutes, il n’est pourtant pas aisé de trouver réponse. Tout juste peut-on éventuellement deviner Athènes (parce qu’une lumière plus étendue et plus puissante dépasse et que ça pourrait être le Parthénon- ou bien d’autres choses).

Larnaca, 2 heures du matin. Après une courte prière pour que la Lufthansa n’ait pas égaré le sac quelque part au milieu de l’Europe, c’est dès la porte de l’aéroport franchie qu’on sait que le vieux continent se termine. En pleine nuit, il fait 30 degrés, l’atmosphère est lourde, presque asphyxiante, les feuilles des palmiers vacillent très vaguement, les grillons ont entamé leur chant nocturne increvable. Qu’est-ce que ça fait du bien. Tout ça, quand on prend un avion pour aller dans le sud de l’Europe, on le sait. Et pourtant, à chaque fois, cela surprend. Finalement, ce sont peut-être les rendez-vous les plus attendus qui sont encore les plus surprenants.

Posted in: Carnets d'Orient